Une douleur du visage qui frappe comme une décharge électrique, quelques secondes, puis s’arrête, puis revient dès qu’on se brosse les dents ou qu’un courant d’air touche la joue : c’est la névralgie du trijumeau. C’est l’une des douleurs les plus intenses que l’on connaisse, et l’une des plus méconnues. Beaucoup de patients ont d’abord consulté un dentiste, parfois perdu une dent pour rien, avant que le diagnostic ne soit posé. Elle touche surtout après 50 ans, un peu plus souvent les femmes, et dans la majorité des cas elle se contrôle bien quand le bon traitement est mis en place.
Reconnaître la névralgie du trijumeau
Le nerf trijumeau est le nerf de la sensibilité du visage. Il se divise en trois branches : le front et l’œil, la joue et la mâchoire supérieure, la mâchoire inférieure. La névralgie touche le plus souvent les deux branches du bas, d’un seul côté. La douleur est brève, fulgurante, en salves, déclenchée par des gestes anodins : parler, mâcher, se laver le visage. Entre les crises, il n’y a en général aucune douleur, du moins au début. Dans la forme la plus fréquente, dite classique, une petite artère comprime le nerf à sa sortie du tronc cérébral ; l’IRM, demandée systématiquement, permet de le voir et d’écarter une autre cause, comme une sclérose en plaques ou, rarement, une tumeur.
Il faut la distinguer d’autres douleurs de la face : la douleur dentaire, la sinusite, les douleurs de l’articulation de la mâchoire, et la douleur neuropathique continue du visage après un zona ou un traumatisme, dont le traitement est différent. Voir aussi notre page sur les céphalées.
Le traitement médicamenteux, d’abord
Contrairement à la plupart des douleurs, la névralgie du trijumeau répond mal aux antalgiques habituels mais très bien à un antiépileptique, la carbamazépine, ou à son dérivé l’oxcarbazépine. Sept patients sur dix sont nettement soulagés, souvent dès les premiers jours. Le prix à payer, ce sont les effets indésirables : somnolence, vertiges, nausées, surtout chez les personnes âgées, et une surveillance biologique. D’où l’importance d’une augmentation très progressive des doses et d’un suivi rapproché. D’autres médicaments (lamotrigine, baclofène, prégabaline) viennent en relais ou en association.
Quand les médicaments ne suffisent plus
Avec le temps, le traitement peut perdre de son efficacité ou devenir mal toléré. C’est à ce moment que le médecin de la douleur intervient, en coordination avec le neurologue et le neurochirurgien. À l’Institut Français de la Douleur, nous proposons :
- les injections de toxine botulinique dans la zone douloureuse du visage, dont l’efficacité dans la névralgie du trijumeau est aujourd’hui démontrée par plusieurs essais, avec un effet de trois mois environ, renouvelable ;
- la stimulation magnétique transcrânienne (rTMS), qui agit sur les circuits de la douleur, en particulier lorsqu’une douleur de fond continue s’est ajoutée aux décharges ;
- des blocs anesthésiques des branches du nerf, utiles pour passer une période de crise ;
- l’éducation thérapeutique, parce que l’anticipation des crises change le comportement : on n’ose plus manger, plus sortir, plus parler, et l’isolement s’installe.
Lorsque la douleur reste rebelle, les gestes sur le nerf lui-même sont discutés avec le neurochirurgien : thermocoagulation par radiofréquence ou compression par ballonnet du ganglion de Gasser, radiochirurgie, ou décompression microvasculaire, l’intervention qui libère le nerf de l’artère et offre les résultats les plus durables chez les patients qui peuvent la supporter. Nous préparons ces décisions avec vous et nous assurons le suivi de la douleur après le geste.
Questions fréquentes sur la névralgie du trijumeau
La névralgie du trijumeau est-elle une maladie grave ?
Elle n’est pas dangereuse pour la vie, mais elle est très invalidante tant qu’elle n’est pas contrôlée. L’IRM est indispensable pour écarter les causes rares (sclérose en plaques, tumeur) ; dans la forme classique, une artère comprime le nerf.
Faut-il faire soigner ses dents avant de consulter ?
Si le dentiste ne trouve rien, il ne faut pas multiplier les soins ni extraire une dent saine : la douleur de la névralgie du trijumeau imite une douleur dentaire mais n’en est pas une. Une consultation spécialisée s’impose rapidement.
La carbamazépine va-t-elle agir toute la vie ?
Pas toujours. Les doses doivent parfois être augmentées avec le temps et les effets indésirables limitent le traitement. Lorsqu’il ne suffit plus, la toxine botulinique, la rTMS puis les gestes neurochirurgicaux prennent le relais.
L’opération est-elle obligatoire ?
Non. La majorité des patients sont contrôlés par les médicaments et les traitements proposés en centre de la douleur. La chirurgie est réservée aux formes rebelles, après discussion avec le neurochirurgien ; la décompression microvasculaire donne les résultats les plus durables.
Prendre rendez-vous
Consultation avec un médecin de la douleur à L’Isle-Jourdain (à 30 minutes de Toulouse) ou à Sainte-Foy-la-Grande (près de Bordeaux, Libourne et Bergerac), avec ou sans courrier de votre médecin traitant. Vous pouvez remplir le questionnaire avant consultation pour gagner du temps le jour du rendez-vous.
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