L’algodystrophie, que les médecins appellent aujourd’hui syndrome douloureux régional complexe (SDRC), survient le plus souvent après un traumatisme banal : une fracture du poignet, une entorse de cheville, une opération du pied ou de la main. Au lieu de s’éteindre avec la cicatrisation, la douleur s’emballe. Le membre gonfle, change de couleur, devient tellement sensible que le drap du lit fait mal. C’est une maladie déroutante, pour le patient comme pour l’entourage, parce que la radio est normale et que « la fracture est consolidée ». Elle n’a pourtant rien d’imaginaire : c’est une réaction excessive du système nerveux et de l’inflammation locale, que l’on sait reconnaître et traiter, d’autant mieux qu’on s’y prend tôt.

Algodystrophie (SDRC) : les quatre familles de signesLe diagnostic est clinique, d’après les critères internationaux de Budapest1SensibilitéDouleur disproportionnée par rapportà la blessure initiale, brûlure,douleur au simple effleurement(allodynie), hypersensibilité au froid2Peau et températureMembre plus chaud ou plus froidque l’autre côté, rouge, violacéou marbré, changements de couleurau cours de la journée3Gonflement et sueurŒdème de la main ou du pied,peau luisante, transpirationanormale (plus ou moins quele côté sain)4Mouvement et trophicitéRaideur, diminution de la force,tremblements, ongles et poilsqui poussent différemment,peau qui s’amincit
Les quatre familles de signes de l’algodystrophie. Il faut des symptômes dans au moins trois d’entre elles pour poser le diagnostic.

Comment fait-on le diagnostic ?

Il n’existe pas d’examen qui affirme l’algodystrophie. Le diagnostic repose sur l’interrogatoire et l’examen, avec les critères de Budapest : une douleur qui dépasse ce qu’expliquerait la lésion initiale, et des signes dans plusieurs des quatre familles décrites sur l’infographie. La scintigraphie osseuse ou l’IRM peuvent aider dans les formes atypiques, surtout pour écarter autre chose : infection, fracture passée inaperçue, atteinte d’un nerf. Il faut aussi savoir qu’une forme sur dix survient sans traumatisme identifié.

Le temps compte

Les premières semaines sont décisives. Une algodystrophie prise en charge dans les trois premiers mois guérit dans la majorité des cas en six à douze mois. Prise en charge tard, elle peut laisser des raideurs et une douleur durable. Si vous avez un plâtre ou une opération récente et que la douleur augmente au lieu de diminuer, avec un gonflement et une peau qui change de couleur, n’attendez pas la fin de la rééducation pour en parler.

Le traitement : bouger, malgré tout

Cela peut sembler contradictoire, mais le pilier du traitement est la rééducation, douce, progressive, sans jamais forcer dans la douleur. Le kinésithérapeute et l’ergothérapeute utilisent des techniques spécifiques : mobilisations, thérapie miroir, imagerie motrice, désensibilisation de la peau par des textures variées, bains écossais. Le but est de réapprendre au cerveau que ce membre n’est pas en danger. L’immobilisation prolongée, elle, aggrave la maladie.

Les médicaments viennent en soutien : antalgiques, vitamine C en prévention après une fracture, parfois une courte cure de corticoïdes ou de bisphosphonates dans les formes récentes avec signes inflammatoires marqués, et les traitements de la douleur neuropathique pour les brûlures et les décharges. Chaque prescription est réévaluée, parce qu’aucun de ces traitements ne marche chez tout le monde.

Ce que propose l’Institut Français de la Douleur

Nos deux centres, à L’Isle-Jourdain près de Toulouse et au Centre Hospitalier de Sainte-Foy-la-Grande en Gironde, suivent de nombreux patients atteints d’algodystrophie, adressés par les chirurgiens orthopédistes, les rhumatologues et les médecins traitants. Selon le stade et la réponse aux premiers traitements, nous proposons :

Les situations complexes sont évaluées lors d’une journée d’hospitalisation de jour multidisciplinaire, au CH d’Auch pour les patients suivis à L’Isle-Jourdain et au CH de Sainte-Foy-la-Grande pour ceux suivis en Gironde. Médecin, kinésithérapeute, ergothérapeute, psychologue et infirmière construisent ensemble un programme, avec des objectifs concrets : refermer la main, remettre une chaussure, reprendre le volant.

Questions fréquentes sur l’algodystrophie

L’algodystrophie guérit-elle ?

Oui dans la grande majorité des cas, surtout quand le traitement commence dans les premiers mois. L’évolution se compte en mois plutôt qu’en semaines, avec des hauts et des bas ; une petite proportion de patients garde une raideur ou une douleur résiduelle, qui se traite.

Faut-il immobiliser le membre pour calmer la douleur ?

Non. L’immobilisation aggrave l’algodystrophie. Le mouvement doit être repris progressivement, guidé par un kinésithérapeute, sans forcer dans la douleur mais sans attendre qu’elle disparaisse pour bouger.

Peut-on faire du sport ou travailler avec une algodystrophie ?

Les activités sont reprises par paliers, en adaptant le poste de travail si besoin. Un arrêt de travail temporaire est fréquent dans les formes des membres supérieurs ; l’ergothérapeute aide à organiser la reprise.

Quel spécialiste consulter pour une algodystrophie ?

Le diagnostic peut être posé par le médecin traitant, le chirurgien ou le rhumatologue. Lorsque la douleur reste intense malgré la rééducation et les médicaments, ou dès le départ dans les formes sévères, le médecin de la douleur coordonne les traitements spécialisés.

Prendre rendez-vous

Consultation avec un médecin de la douleur à L’Isle-Jourdain (à 30 minutes de Toulouse) ou à Sainte-Foy-la-Grande (près de Bordeaux, Libourne et Bergerac), avec ou sans courrier de votre médecin traitant. Vous pouvez remplir le questionnaire avant consultation pour gagner du temps le jour du rendez-vous.

Vous êtes médecin ? Vous pouvez nous adresser votre patient par MSSanté ou Doctolib : consultez l’espace médecins – adresser un patient.